Le prix de la planche et son enduit (donc selon ses dimensions)
La complexité de la composition (sujet simple, nombre de personnages, présence d'architecture ou éléments complexes...)
L'utilisation ou non d'or (feuilles d'or 22 carats)
Les matériaux (pigments naturels, oeuf, les pinceaux - qui s'usent plus vite que moi...)
le temps de recherches, de dessins préalables et le temps d'écriture (qui peut être de 20, 30, 50, 70h... selon la taille, la pose d'or...)
Donc, si vous avez bien suivi, vous ne serez pas étonnés par des tarifs qui peuvent varier d'une centaine d'euros à plusieurs centaines !
« Dieu s’est fait Homme afin que l’homme puisse devenir dieu » (St Irénée de Lyon)
L’icône est un langage. Dès lors, on peut parler d'écriture : à un message oral correspond une transcription écrite.
Perçue visuellement, l’icône est telle qu’une profession de foi. Le message principal qu’elle professe et transmet est que, en la Personne du Verbe (le Logos, le Fils), Dieu (Dieu-Trinité : Père-Fils-Esprit, un-seul-Dieu-en-trois-Personnes) s’est fait Homme, lui offrant ainsi un chemin possible pour accéder à Lui et partager sa Vie.
L’utilisation des formes et des couleurs dans la peinture, le rendu de la lumière en particulier, va se mettre au service de cette extraordinaire affirmation. De même que l’utilisation abondante des symboles. Dès lors qu’on parle de LANGAGE iconographique, on parle d’ÉCRITURE/LECTURE d’icône.
Sur l’icône, tout va DIRE quelque chose. Par exemple, la forme circulaire (auréoles, globes…), fait référence au divin et va dire que Dieu n’a ni début, ni fin. Ce monde infini va s’inscrire dans la forme rectangulaire de l’icône qui représente le monde fini, le terrestre. Le rouge fait également référence au divin. L’utilisation de l’ocre rouge sur la chair, le monde animal, végétal et minéral, signifie ce lien au Créateur, cette imprégnation du monde créé par le Dieu incréé. La montée en lumière des carnations va dire que Dieu, qui est la lumière inaccessible, s’est uni à la Chair pour permettre à l’homme d’accéder au divin et le rendre capable de refléter Sa lumière en sa propre chair. Le caractère symbolique du corps primera sur son caractère anatomique : même si les caractéristiques principales de l’anatomie sont évidemment conservées, l’iconographie va «utiliser» le corps comme un «ingrédient-support» supplémentaire pour rappeler la vision théologique (le cou large rappelle la «réanimation» d’Adam par le souffle (l’Esprit) de Dieu, la position des mains ou les proportions des membres seront différentes selon le message à transmettre…) et même eschatologique (destinée finale, qui est de participer à la Vie éternelle divine).
Jusqu’au geste lui-même, réalisé dans la prière et mû par la relation vivante de l'iconographe avec Dieu, sa source, qui vient affirmer la Présence de Dieu venu habiter en l’Homme.
Si l’icône est un langage, l’écrire et le comprendre requièrent une connaissance de son vocabulaire, de sa grammaire et de sa syntaxe (symboles). Ces éléments de lecture sont essentiels mais la pleine saisie de l’icône nécessite une compréhension de l’ensemble et un approfondissement.
Remarque : Ce langage visuel qu’ont développé les chrétiens au fil du premier millénaire, pour confesser et transmettre le message de la foi, fait partie du trésor de l’Église indivise. J’ai à cœur d’accompagner chacun dans la découverte, ou redécouverte, de ce langage commun, signe et moyen d’unité. Car notre culture occidentale, puis moderne, a progressivement perdu des clés de lectures de ce langage.
C’est pourquoi, en prenant commande d’une icône – qui pour sa prière, qui pour un sacrement ou un évènement de vie – ma priorité est d’avoir un vrai dialogue fraternel et, chemin faisant, de laisser le Christ nous ouvrir les Écritures, telle l’expérience des disciples d’Emmaüs.
Une icône est un « lieu » de rencontre avec notre intériorité, d’ouverture à la Présence du Dieu-Amour.
Des ateliers russo-bysantins se sont développés dès le Xe siècle et après la chute de Constantinople, la Russie développe très vite son propre langage iconographique. Vers les années 1400 il y a, chez les peintres, une recherche de vivre une expérience d’approfondissement spirituel sans la dissocier de l’expérience picturale. Ils aboutissent à cette technique (de l’école russe, donc) de la peinture dite « à la goutte » qui est comme un « exercice » spirituel pour lutter contre les distractions et la dispersion, pour se recentrer sur Dieu et cultiver une vie en sa Présence. Cela se fait à travers le rythme de la respiration, d’une courte prière-supplication « calée » dessus, synchronisés avec le rythme du geste avec le pinceau.
L'icône est une traduction visuelle du message de l'Évangile. Elle se doit d’être claire et sans confusion par rapport au message qu’elle transmet. car il s’agit d’accueillir la Révélation que Dieu a faite de Lui-même. Pour cela, l’écriture d’une icône va obéir à des règles communes établies en vue d’une bonne « lecture » et compréhension, de même que la messe, les offices, ont une structure bien précise.
Car le geste iconographique est un geste liturgique : sa finalité est de faire entrer dans la RÉPONSE à l’invitation de Dieu – toujours première – à demeurer avec Lui. A l’atelier, comme à la messe, tout est au service du FACE-À-FACE avec la Présence de Dieu.
Une image pieuse, quant à elle, est une peinture ou un dessin qui va illustrer les thèmes de la foi mais elle n'est pas soumise à des règles de syntaxe ou des "canons" et ne vise pas, d'abord et avant tout, la RENCONTRE avec le Dieu Vivant. L'artiste va explorer les même thèmes parfois mais en laissant libre cours à son imagination, son goût, sans forcément se référer à un langage commun. Il va, en général, privilégier une recherche esthétique et personnelle.
L'iconographe est-il "libre" de son écriture ?
« Vous serez mes témoins »
« Avant d’être belle, l’icône se doit d’être vraie » (Michel Quenot, Fenêtre sur le Royaume)
« Mais vous allez recevoir une force quand le Saint Esprit descendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre. » Ac 1,8
L'enjeu est la transmission du témoignage (des apôtres puis des saints). L'iconographe se doit d’être dans l’exigence de la Parole de Dieu (Bible) et de la Tradition, et de rester attentif à rendre témoignage. Il a une responsabilité de ne pas induire en erreur, car dès qu’il y a confusion, on ouvre la porte à la division, ce qui est un contre-témoignage par rapport à la communion. Cette communion est l'oeuvre de l’Esprit Saint qui est le liant dans tout le Corps du Christ (dont les membres sont les baptisés, 1CO 12).
Pour préserver cette unité dans la diversité de la communion, la théologie a soumis l’icône, au fil des siècles, à des règles d'écriture, appelés « canons », sorte de garde-fous imposés qui garantissent une clarté au message transmis et une lecture commune.
Il y a donc une nécessité pour l’iconographe d’intégrer les données, universelles, puis de les retranscrire dans la culture dans laquelle il est. L’écriture s’incarne à l’époque et dans le lieu où elle est faite. Car la logique de l’Esprit est celle de l’Incarnation. C’est ce qui fait la richesse de la vie de l’Église. Les choses ne sont pas figées car les clés de l’écriture ne sont pas là pour reproduire une image, telle une photocopie, mais pour garder le souffle vivant qui la traverse. La copie-clone, elle, fait perdre la transmission.
L’iconographe, entre transmission et création, respecte à la fois un aspect essentiel du dépôt de la foi (l’icône doit expliciter directement le contenu de la foi, dans son message universel, sans la médiation de l'iconographe pourrait-on dire) et un aspect de « mystère » (vécu dans une démarche d’approfondissement personnel et l'expérience directement vivante dans sa prière).
Il lui faut donc rester dans une attitude d’obéissance vis-à-vis des règles (comme toute écriture d’ailleurs !) et d’abandon dans sa relation au Dieu vivant, au service duquel il est avant tout.
Ainsi le peintre d’icône, s'inscrivant dans la communion à l’ensemble des milliards de témoins ("ecclesia") ouverts à la Présence de Dieu, ne signe pas son icône.
Le corps est le moyen par lequel le Créateur a voulu pour nous (ré)unir à Lui. Adam avait rompu l’Alliance que Dieu avait faite avec Lui, pour vivre en amitié et liberté. En Jésus, vrai Dieu et vrai homme, engendré dans la chair, mort et ressuscité, Dieu nous redonne accès à la communion à Lui. L’icône est comme la vision de la réalité de cette rencontre, à travers la vie du Christ, de la Vierge Marie et des Saints.
...et toutes les réponses à vos questions sur sainte.odile21@gmail.com